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Expérience 013 Invocation interview téléportée de Pierre Rosenthal

Posted by on 8 juin 2014

Il est des héros légendaires incontournables de la première heure qui contribuent depuis la nuit des temps à notre merveilleux loisir qu’est le jeu de rôle.

Parmi eux, le fabuleux Pierre Rosenthal. On lui doit même l’invention du terme  » rôliste » (dont je m’engage à ce jour, grâce à lui, à ne plus omettre l’accent circonflexe).

Ce charismatique et passionné individu est responsable des excellents jeux de rôle Simulacres et Athanor. Son nom se retrouve également sur plusieurs ouvrages indispensable à tendance rôliste.

Cette invocation, la 13e, sera différente des autres : elle sera sous la forme d’une interview filmée de plus de 35 minutes.

Capture d'écran 2014-06-04 20.18.26

 

Je déroge donc exceptionnellement à ma sacro-sainte règle de l’invocation interview téléportée de mon salon.

ECouverture du numéro 25 des Chroniques d'Altariden effet, votre serviteur Kerlaft le rôliste a eu le bonheur et le plaisir de convier la revue Chroniques d’Altaride, en la personne de son rédacteur en chef Benoît Chérel, afin d’interviewer, sur le Salon du livre de Paris 2014, une des icônes rôlistes de notre siècle : Maître Pierre Rosenthal.

Je remercie l’équipe des Éditions Le Grimoire de nous avoir reçus sur leur stand et en particulier à Tupaj pour avoir filmé et arrangé la vidéo (qui sera disponible très prochainement !)
Retrouvez la version éditorialisée par les Chroniques d’Altaride de cette interview dans le numéro 25 de la revue mensuelle (sur le thème de l’anniversaire, juin 2014).

http://vimeo.com/98009141

Interview de Pierre Rosenthal par Kerlaft Le Roliste et Benoit Cherel from Kerlaft le Roliste on Vimeo.

http://youtu.be/1NRQj7_O1Dc

Et voici, pour les lecteurs vidéophobes ou dans l’incapacité de lire cette vidéo, l’interview, d’après la transcription fidèle, patiemment récupérée par mon inestimable ami Benoît Chérel himself, qui a passé des heures de visionnage en maudissant mon nom sur plusieurs générations d’avoir posé autant de questions pendant cet interminable entretien… Mais l’instant était si délicieux qu’il n’y a eu que la fin du stockage de mémoire de la caméra pour mettre fin à cet échange magique avec une de mes idoles du jeu de rôle.

Athanor

La transcription de Kerlaft :

Interview de Pierre Rosenthal, par Kerlaft le rôliste et Benoît Chérel, avec la participation des Éditions Le Grimoire
K. : Qui es-tu ?
token p rosenthalP. R. : Qui suis-je ? Pierre Rosenthal. Dans le cadre du jeu de rôle, je suis surtout connu parce que j’ai été pendant un certain nombre d’années le rédacteur en chef adjoint de Casus Belli. Donc, à l’époque où Didier Guiserix était rédacteur en chef de Casus Belli. Je suis arrivé au moment où le magazine est passé en kiosque. J’ai commencé à travailler un petit peu avant mais j’ai été engagé de façon définitive quand le magazine est passé en kiosque. Et un peu plus tard, j’ai été rédacteur en chef des hors série puisqu’il y avait de temps en temps un numéro normal, un numéro hors série, un numéro normal, un numéro hors série… Et j’ai commis deux jeux de rôle qui étaient Athanor, donc un jeu de science fiction, et Simulacres, qui était un jeu générique dans le lequel on développait des univers différents. Voilà, grosso modo. Avec, à l’époque, j’avais découvert M. Fred Blanchard pour faire les illustrations.
K. : Et donc, ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?
token p rosenthalP. R. : Bin le parcours, en fait, après c’est un peu compliqué. Disons qu’avant d’être dans le jeu de rôle, j’étais ingénieur informaticien mais ça me gavait un petit peu. J’ai découvert le jeu de rôle dans mon école d’ingénieur. Comme la plupart des gens qui ont découvert le jeu de rôle à cette époque, c’était par le biais des grandes écoles. J’en avais quand même déjà entendu parler avant, c’était par le biais d’un des meilleurs magazines de l’univers qui était Métal hurlant. Il avait dit, avant le début des années 80 qu’il existait un jeu qui s’appelait Dungeons & Dragons. J’avais été à l’œuf cube, j’avais acheté une des premières boîtes. J’avais rien compris. J’avais été dans un club, on m’a dit “Pauvre naze, Dungeons & Dragons c’est dépassé, maintenant on joue à Advanced Dungeons & Dragons. J’y ai pas joué, j’ai découvert ça dans mon école d’ingénieur.
Et c’est la que quand je suis sorti de l’école d’ingénieur que j’avais écrit enfin réécrit un scénario qu’un de mes copains m’avait fait joué, j’avais été voir Didier Guiserix en lui disant “j’ai un scénario à vous proposer”. Ils avaient vu ça, ils avaient trouvé ça pas mal, ils ont dit “On a besoin de quelqu’un de temps en temps pour faire de la réécriture ou faire autre chose”. J’ai dit “bah de temps en temps, quand j’ai du temps, je peux vous aider”. Et je faisais ça pendant que j’étais ingénieur informaticien. Et un jour ils ont dit “bin, on a un poste, mais euh c’est que à mi-temps…”
J’ai dit “bah même à mi-temps ça me plaît plus qu’à plein temps ingénieur informaticien, donc je suis passé à mi-temps à Casus Belli et j’ai abandonné mon poste d’ingénieur informaticien et environ 80% de salaire… Voilà. Mais je ne le regrette pas parce que ça a ouvert les dix-treize plus belles années professionnelles de ma vie. À l’époque. Voilà.
K. : Et les rêves de beaucoup de gens autour. Et qu’est-ce qui a fait que le jeu de rôle t’a séduit, qu’est-ce qui te plaît dedans ?
token p rosenthalP. R. : En fait le truc est très simple : j’adore les jeux mais je en suis pas un compétiteur du tout. Si je gagne c’est bien, mais si je per je m’en fous et surtout je déteste que quelqu’un en face de moi soit énervé, fâché parce qu’il a perdu. Et donc en général, quand je joue à un jeu, que ce soit depuis le Monopoly jusqu’à des trucs de wargames compliqués, des trucs comme ça, si le type en face de moi a vraiment envie de gagner, ça ne va pas me déranger qu’il gagne, même parfois je vais le laisser gagner, ce qui risque plutôt de le déranger. Et quand j’ai découvert le jeu de rôle, ce n’est pas le côté imaginaire, c’était pas le côté comme ça qui me plaisait. Ce qui me plaisait, c’est qu’on soit plusieurs à jouer en même temps et que tout le monde gagnait en même temps.
Et qu’il n’y a pas de perdant ou s’il y a des perdants c’est que tout le monde meurt en même temps et le meneur de jeu aussi se retrouve sans les personnages de ces joueurs etc. Donc c’est vraiment le principe de jouer tous ensemble et de partager quelque chose tous ensemble.
Après s’est rajouté le fait que c’est de l’imaginaire, ça se passe dans un méd.-fan. ou de la SF et tout mais c’était pas franchement la première approche. Ce qui me plaisait vraiment c’est on est tous en même temps et surtout on fait travailler pas son imagination mais son imaginaire. Je fais une différence entre les deux. L’imagination c’est on imagine quelque chose de nouveau et son imaginaire c’est il y a quelque chose qui nous est proposé et on l’imagine soi-même et on voit comme on est. Et si je peux faire un aparté, c’est là où on voit la grosse différence entre le meneur de jeu et le joueur. Le meneur de jeu il est content parce qu’il fait jouer ses copains, c’est social, il est content d’être là. Mais quand on est joueur, on est à l’intérieur de l’aventure, on vit vraiment le truc et on visualise encore mieux que si on était à l’intérieur d’un film, c’est plus proche à la limite d’un bouquin, c’est à dire qu’on stt à l’intérieur de l’aventure, quand on est meneur de jeu, on a un autre plaisir, qui est le plaisir de faire participer tout le monde, de créer le scénario quand on fait le scénario ou de l’improviser quand on le voit de là. Voilà. Donc le jeu de rôle pour moi c’était vraiment ça, c’est un côté social avant tout. Pas un côté de jeu dans le sens de ‘il y a un gagnant, il y a un perdant.

token b cherelBenoît Chérel : C’est une question que je pose régulièrement, dans le prolongement de ce que tu viens de dire… Quelle est pour toi la définition du jeu de rôle ?

token p rosenthalP. R. : Alors je ne pense pas qu’il y ait un intérêt à avoir une définition du jeu de rôle, en dehors du fait de la mettre dans le dictionnaire pour que les gens puisse à peu près s’y reporter et ça m’embête que des gens se chamaillent ou se disputent à propos de quelle est la vraie définition du jeu de rôle et l’un ou l’autre. Je sais que nous à Casus Belli on a vraiment eu un problème à un moment parce qu’il fallait vraiment qu’on en parle aux gens qui ne connaissaient pas du tout et si on se mettait à leur expliquer longuement ce que c’était, on disait “mais c’est trop compliqué, il nous faut un truc en deux trois phrases”. C’est pour ça qu’on a fait à l’époque une plaquette qui s’intitulait “Qui veut la peau du jeu de rôle ?” On s’est mit à plusieurs à essayer de définir ça et en fait ma plus grosse participation et c’est là où je ml’étais battu c’est que j’ai voulu qu’on rattache à ça au fait de dire c’est un jeu de société. Parce qu’à l’époque, la plupart des rôlistes le mot d’ailleurs “rôliste” à l’époque n’existait pas disaient “Mais non, c’est un truc tellement particulier, c’est du jeu de simulation…” Ils parlaient des règles, ça devenait compliqué.
Et j’ai dit “Vous savez, si on dit au gens que c’est un jeu de société, ils vont comprendre que c’est des gens qui se mettent autour d’une table et qui jouent. Et à l’époque il y avait le débat en disait “oui mais un jeu de société c’est le Monopoly, y’a des plateaux, y’a des billets, y’a des dés… Mais vous savez on n’est pas très loin, on a quand même souvent des figurines, on a des dés, la plupart du temps on ‘est pas obligés d’avoir des dés… Mais si on fait “jeu de société, on est suffisamment proche. Et après on dit “C’est un jeu de société dont le but est de raconter des histoires avec une personne qui arbitre.” Après je vais pas rentrer dans le truc “Est-ce qu’il y a des jeux participatifs, des jeux narrativistes ? Etc. et tout. Après il y a des dérivatifs. Moi je pense que, la définition, elle n’est pas pour segmenter “Qu’est-ce qui est le jeu de rôle ?” ou “Qu’est-ce qui n’est pas le jeu de rôle ?” La définition est là pour quelqu’un qui n’y connaisse rien, en deux trois phrases, puisse dire “Ah, c’est à peu près ça !” Donc c’est un jeu de société dans lequel on raconte des histoires, une personne fait l’arbitre et les autres incarnent des personnages comme… Et là je donne l’exemple le plus simple, “Vous êtes la compagnie de l’anneau, dans Le Seigneur des Anneaux, vous ne savez pas du tout ce qui va se passer et à chaque fois que vous arrivez dans un nouveau pays, dans un nouveau truc, le meneur de jeu vous raconte ce qui se passe et vous, vous dites ce que vous faites. Voilà. Mais là, déjà, on est sorti de deux trois, phrases, je suis rentré dans une explication. Ce qui est compliqué, c’est de le faire en deux trois phrases. Mais je pense pas qu’il y ait un intérêt à) choisir la vraie définition du jeu de rôle parce qu’on n’arrivera jamais à une vraie définition du jeu de rôle, il y aura toujours des choses qui seront en dehors, qui sont rattachées, qui ressemblent, et je ne trouve pas que ce soit important, en fait.
K : à mon avis, le mieux, c’est d’essayer…
token p rosenthalP. R. : Oui, oui, oui ! Après, quand on était plus jeunes, à l’époque, on avait peu de gens qui jouaient aux jeux de rôle, donc on était très prosélytes, on essayait d’amener les gens à jouer aux jeux de rôle, même quand ça leur plaisait pas. Je ne pense pas que c’était une bonne approche parce qu’il y a des gens qui se sont retrouvés dégoûtés ou qui trouvaient pas ça intéressant. Maintenant j’explique en deux trois mots ce que c’est que le jeu de rôle et puis, si vous voulez jouer, vous pouvez. Si ça ne vous dit pas vraiment, venez assister à une partie, c’est moins intéressant, c’est moins rigolo mais au moins, de l’extérieur, vous voyez à quoi ça ressemble, ça vous donnera envie, peut être, d’être joueur. Il ne faut pas pousser les gens à y être, là dessus.
Après, je vais dériver aussi. Si on veut amener les gens à jouer aux jeux de rôle, c’est pour ça que j’ai développé Simulacres. J’allais dans des conventions. Je faisais ça en improvisation, en demandant aux gens, voilà vous êtes quatre cinq, qu’est ce qui vous plaît ? Est ce que ce qui vous plaît, c’est les magiciens ? Est ce que ce qui vous plaît, c’est les séries télé ? Est ce que ce qui vous plaît, c’est James Bond ? Et en fonction de ça, j’avais sept huit neuf scénarios dans ma tête. Je leur dit OK, ce qui vous plaît c’est les séries télé. Vous êtes cinq. OK. vous allez être des flics qui sont des patineurs à roulettes à Los Angeles et comme vous êtes cinq, il me faut un chef, il me faut un black, il me faut un mexicain et on part là dedans.
Et puis quand il y en a un qui me disait, ah non ce qui me plaît c’est les donjons et les magiciens etc. OK. Vous êtes à la cour d’un roi, la femme qui a sa fille qui vient de se faire enlever par un grand magicien qui a un dragon, vous êtes à la cour… Qu’est ce que vous savez faire, lequel d’entre vous est un guerrier, lequel d’entre vous est un magicien ? Et l’idée c’était pas de leur imposer un scénario, c’était de leur dire qu’est ce qui vous branche, qu’est ce qui vous intéresse ? Qu’est ce que vous voulez être ? Et hop ! Avec sept huit scénarios de base et en improvisation, le but était de leur dire Ah, c’est ça que je voulais faire, c’est ce à quoi je voulais jouer. Plutôt que de leur dire au fait ce que j’ai dans ma boîte c’est Micro Netrunner 25b et vous allez jouer des agents hackers etc. Et ils te regardent avec des gros yeux et ils te disent c’est quoi ce truc là, je comprends rien… Voilà.
K. : Sinon, est-ce que tu joues encore… Et à quoi tu joues ?
token p rosenthalP. R. : Oui, je joue encore, alors je joue en tant que meneur de jeu, avec mon groupe avec lequel je joue depuis les années 80, donc ça fait longtemps, et on joue à une édition qui est l’édition à peu près actuelle de D&D, donc pas la 4 mais la Pathfinder. Donc là on est repartis sur du hyperméga classique, hein, le truc des runes des géants de pierre, donc. Ils sont très contents, ils montent en niveau, il y a des géants, il y a des dragons, il y a des méchants, c’est mes copains, on a essayé plein de trucs, hein, on a fait In Nomine, on a fait Cthulhu, on a fait plein de trucs, mais à chaque fois qu’on essaie quelque chose pendant un an, après ils me disent “après on aimerait refaire du D&D. Que ce ce soit D&D ou pas, hein. Pour eux, c’est du méd.-fan., comme ça. Donc ça c’est en tant que meneur de jeu. Maintenant, en tant que joueur, j’aime bien changer et varier. Il y a deux trois ans, j’ai fait une campagne, écrite par un copain, de Warhammer. J’avais jamais joué à Warhammer. J’ai découvert ça, c’était marrant. Et en ce moment, je suis en train de jouer à un jeu que je recommande, qui est vraiment très sympa, qui est hyper simple, qui s’appelle Würm, dans lequel on joue des hommes de Néandertal. Le système tient sur deux trois pages. Le scénario que je joue pour l’instant, l’introduction est très bien et j’attends et j’attends de continuer de jouer à ça, voilà.
token b cherelB. C. : Quelle attention tu portes actuellement aux jeux un peu de la nouvelle vague, tout ce qui est un peu expérimental ?
token p rosenthalP. R. : Alors le problème c’est que n’étant plus du tout dans le domaine, j’ai une attention en fait qui passe, par des forums de discussion ou des fils Facebook, des gens qui causent, mais moi je ne suis plus tellement. Je sais qu’à un moment j’avais suivi, il y avait un concours qui s’appelait Vieux pots, ou quelque chose comme ça, où une partie de rôlistes voulaient redécouvrir d’anciens jeux à la mode qu’ils appellent “narrativiste”. Honnêtement, j’ai un peu lu, on m’en a un peu parlé… Je vais peut être passer pour un vieux dinosaure ou un truc comme ça, je n’ai pas encore tout à fait saisi comment on y jouait. Mais plus on expérimente, plus on fait des trucs différents, tout ça ça va. Le côté narrativiste ne me dérange pas du tout dans le fait où on a des systèmes super freeform, on va vraiment plutôt vers le conte que vers le système, ça va. Par contre, j’ai un peu de mal et je ne vois toujours pas où est le mode participatif, c’est à dire qu’à partir du moment où ce n’est plus le meneur de jeu mais où c’est les joueurs qui vont commencer à jouer sur l’histoire, il y a des trucs qui, pour moi sont flous, et que je pense que si on n’a pas de gardes-fous, d’un seul coup on va ressortir du jeu de rôle et à ce moment là on va aller dans du conte participatif. Moi, ce qui m’intéresse dans le jeu de rôle, c’est quand même toujours aussi le côté “jeu”, parce que je pense qu’il y a un côté de conte qui est super intéressant mais il faut qu’il y ait des contraintes, et les contraintes, pour moi c’est les règles.
C’est à dire qu’on a prévu de monter en haut d’une montagne… Si tout le monde dit “D’accord on est en haut de la montagne”, je ne vois pas l’intérêt d’avoir loupé son jet et que la corde s’est cassée, qu’il faut retrouver une solution et aller en arrière. C’est à dire que pour moi la règle n’est pas là pour figer, la règle est là pour faire des rails, mettre des obstacles, inventer de nouvelles choses, etc. Et le but, c’est pour ça que ça redevient un jeu, le but des joueurs est de dire “comment est ce qu’on va se sortir de cette nouvelle situation, tout en jouant un rôle ?” Qui peut à mon avis tout à fait se faire dans le côté narrativiste, c’est à dire où effectivement on n’a pas besoin forcément de règles très compliquées, de choses super définies à l’avance, mais pour moi on doit quand même toujours rester dans la notion de jeu. Voilà. Ou peut être que les gens qui sont dans le narrativisme et dans le participatif vont m’écouter et vont me dire que j’ai rien compris, que je date de Mathusalem, c’est possible, mais je suis ouvert et je continue à voir et à m’y intéresser.
K. : Un grand souvenir d’un moment de jeu de rôle ?
token p rosenthalP. R. : Alors, le plus grand souvenir, alors ça va remonter euh… Je vous dis tout de suite, c’est un tunnel, ça c’est un problème. Quand on va, à une époque , quand on allait dans un magasin de jeu de rôle, le pire cauchemar, c’est quand quelqu’un commence à raconter son histoire de jeu de rôle et quand on se dit “mon Dieu, qu’est ce qui va se passer ?”, ça dure pendant vingt minutes et après c’est toujours la même chose. Je vais quand même essayer de vous la faire courte. C’était basé sur un vieux scénario de Dungeons & Dragons qui s’appelle Ravenloft, que j’ai fait jouer à peu près quatre ou cinq fois. Il avait un avantage, c’est à dire que le scénario de base était le même mais il y avait un côté aléatoire que l’on tirait en fonction avec les parties avecs lesquelles on était. C’est à dire que les méchants n’avaient pas toujours les mêmes buts, les trésors à trouver n’étaient pas au même endroit et de la même façon ça pouvait jouer dans l’histoire et surtout à l’intérieur de ce donjon, il y avait le grand méchant, un vampire qui essayait de transformer tout le monde en vampire. Il était aidé par des loups garous qui essayaient de transformer tout le monde en loupsgarous…
Et j’avais réussi à faire jouer ce scénario là à moi et un autre joueur d’un autre meneur de jeu et deux ou trois groupes de joueurs et en fait ils s’était trouvé que, au fur et à mesure de l’aventure, tous sauf un, donc on avait huit joueurs. Sur huit joueurs, il y en a un qui était resté normal et sept autres, il y en trois qui étaient transformés en vampires mais ils ne savaient pas que les autres étaient transformés en vampires ou en loupsgarous, trois autres qui étaient transformés en loupsgarous, et donc à un moment, ils s’échappent parce qu’il y a vraiment une course poursuite et le clerc du groupe, qui était vraiment, comment dire, qui était content de s’en être sorti, il dit, “Ah, ouf, enfin on s’en est sorti !
Vous avez vu comment j’ai fait ? Quand il a fallu repousser tous les monstres, que je me suis retourné vers eux et que je leur ai dit, avec mon symbole sacré vade retro !” et qui l’a fait devant les sept autres. Et que là j’ai fait tirer les dés et que d’un seul coup le joueur, je lui ai dit, “tu te rends compte que les sept personnes que tu as en face de toi, d’un seul coup, se détournent de toi, deviennent livides, se mettent à courir pour te fuir. Voilà. Donc ça, c’est un de mes grands souvenirs.
K. : Benoît, tu as quelque chose à dire encore ?
token b cherelB. C. : Là comme ça non…
token p rosenthalP. R. : Je sais que tu avais des questions après sur les jeux que j’avais fait, ou d’autres choses. Il peut y avoir des questions sur Casus, sur Athanor, sur Simulacres, ça c’est autre chose après. Je vous laisse plutôt poser la question, après.
K. : Moi, ce que je souhaite, c’est aussi faire découvrir à tous les jeunes qui croient tout savoir, tout ces jeux, toutes ces figures qui ont fait le jeu de rôle, ce qu’est le jeu de rôle aujourd’hui, et je voudrais que tu leur expliques un petit peu par exemple, les jeux de rôle que tu as fait, par exemple Athanor.
token p rosenthalP. R. : Alors Athanor, c’est un truc un petit peu truc parce que c’est un jeu vraiment, on va dire, pour des vieux joueurs de jeu de rôle, c’est un jeu presque première/deuxième génération, c’est à dire, c’est très complexe. Et une fois que je nl’ai écrit, j’étais content, mais un an après, je me suis rendu compte que j’avais fait beaucoup, beaucoup, beaucoup trop complexe. Alors Athanor, en fait, c’est un jeu qui est venu comment dire je suis un fan absolu de science fiction depuis que je suis tout petit, depuis que j’ai à peu près dix ans. Mon auteur préféré c’est Philip K. Dick, mais il avait pas que ça, il y avait plein d’univers, J’ai lu plus de trois mille bouquins de science fiction et comme j’ai travaillé avant Casus Belli, avec Métal hurlant, j’étais critique de science fiction, dont je lisais sans arrêt de la SF et je le faisais. À l’époque, il y avait Dungeons & Dragons, il y avait Space Opera qui est d’une…
K. : C’était celui-là ? (montre son vieux livre rouge)
token p rosenthalP. R. : Non, c’était Advanced Dungeons & Dragons. Il y avait comment dire Space Opera qui était très compliqué. Il y avait Traveller, auquel je n’ai pas beaucoup joué. Il y avait James Bond qui venait de sortir, qui était un jeu un peu simple. Il y avait L’Appel de Cthulhu et en France, on n’avait pas encore sorti un jeu qui allait devenir pour moi très important qui est Rêve de dragon, et je m’étais dit “je vais créer un jeu dans un univers que je vais faire”. C’est à dire que moi, j’adorais le space opera, mais j’étais vraiment très fatigué de Star Trek et de Star Wars, parce que, quand je parlais aux gens de science fiction, moi la science fiction c’était de la science fiction française aussi qui était Andrevon, qui était Stéfan Wul, des choses comme ça, c’était Philip K. Dick, c’est à dire que ce n’était pas forcément de l’espace, ce n’était pas forcément du combat d’armes laser dans l’espace. Donc j’ai dit, je vais faire un truc, il n’y avait pas encore Cyberpunk au moment où je l’ai fait, au moment, comment dire, Gibson n’avait pas encore écrit Neuromancer.
Enfin si, il y avait des premières idées comme ça mais on était vraiment à la limite. Et donc j’ai dit, je vais faire un truc de space opera mais sur lequel on se déplace à terre. Et donc j’ai dit on n’ qu’à faire une Terre dans laquelle tout change sans arrêt, il y a des mondes parallèles dans lesquels on va et les mondes parallèles, c’est comme les planètes de Star Trek, ou comme les planètes de Star Wars, c’est à dire qu’on va aller dans une jungle amazonienne et là on s’est adapté à la jungle amazonienne et il y a une espèce de portail vers un autre monde dont l’univers est une , dont le monde est une zone “jungle amazonienne”. Ce qui en fait est le principe de Star Trek, hein, parce que quand il s vont sur une planète, en général un e planète c’est très compliqué mais ils sont toujours dans un environnement particulier. Donc j’étais parti sur cette idée là. Et malheureusement je suis parti quand même sur un système très simulationniste, où je voulais que ça reflète aussi le côté génétique puisqu’il y a des caractéristiques à 3d4 qui ressemblent un petit peu au génome de l’ADN, il y a des skills, des compétences que l’on apprend de façon livresque et qu’on développe après, il y en a qu’on apprend en, comment dire, en les pratiquant. Et donc en fait ça fait un système d’échelle qui est complexe mais qui pouvait aller dans les origines et surtout la grosse complexité que je n’avais pas vu, je me suis vraiment laissé entraîné, c’est qu’à chaque fois qu’on passait dans un autre univers, le concept était rigolo, c’est on change soi même physiquement. Et mentalement. Sauf qu’il fallait recréer les caractéristiques, les refaire et donc à chaque scénario il fallait refaire une création de personnage, ce qui était vraiment, au point de vue jouabilité, vente de trucs, c’était vraiment une méga erreur. Je suis super content du résultat, je suis super content de l’avoir écrit, mais je l’aurait écrit déjà quatre ou cinq ans après, je ne l’aurais pas fait du tout pareil. Je le referais maintenant, ça n’aurait plus rien à voir. Je pense que j’aurais gardé le même univers mais la mécanique est vraiment pour moi trop vieille et trop poussiéreuse.
K. : un système à la TORG, non, peut-être ?
token p rosenthalP. R. : Je ne sais pas. J’ai joué une ou deux fois à TORG, je n’ai pas trop de souvenirs de TORG. Je que les scénarios étaient très, très mauvais, le système m’avait à peu près plu. Les scénarios de TORG, c’était à peu près vous luttez contre des méchants, ils laissent tomber une carte de visite, la carte de visite c’est le deuxième entrepôt, vous y allez, ah, ils laissent une porte ouverte derrière un coffre fort, vous l’ouvrez et vous avez le troisième indice pour le deuxième truc comme ça… Les scénaristes des premiers TORG étaient assez mauvais. Après, je sais pas, ils ont peut être fait des très bons scénarios. Mais je m’étais arrêté à la première édition et aux premiers scénarios.
K. : Donc, pour commencer, Simulacre, on parle de qualité, alors ?
token p rosenthalP. R. : Oui, alors là on peut retourner sur Simulacres. Simulacres, au départ, c’est… Ceux qui ont la première édition, qui est éditée je crois à 100 ou 200 exemplaires, c’est un petit fascicule de 16/32 pages, qui s’appelle Essai sur la simplification du jeu de rôle, et dans lequel en fait à l’époque, je trouvais que les jeux de rôle, parce qu’à l’époque je n’avais pas encore fait Athanor, étaient quand même trop compliqués, trop complexes, et j’avais dit “mais il y a un moyen de faire quand même des jeux de rôle plus simples, pour tout le monde”. Et donc c’était un essai théorique, mais comme je ne voulais pas que ça reste que théorique, j’ai dit “on va quand même aussi donner un exemple”. Et l’exemple, en fait était j’ai dit “et on pourrait faire un système qui est basé sur la façon dont sont faits les gens et dont ils vont réagir. Donc on essaie de les séparer en qu’est ce qui, plutôt que je suis Dex, je suis For mais c’est mon corps, c’est mon esprit, c’est j’agis, je réagis, et après ils ont qu’à dire “qu’est ce que tu es ?” Bin tu es magicien, tu sais comment tu fais, tu es voleur, tu sais comment tu fais, tu es agent secret, tu sais comment tu fais. On n’a qu’à rester sur ce truc très simple. Et donc c’était parti sur cette réflexion là et puis en plus à l’époque c’était les premiers livres dont vous êtes le héros, je travaillais avec Didier Guiserix et Jean Pierre Pécau pour avoir des idées de systèmes de livres dont vous êtes le héros, qui étaient aussi complexes et je m’étais dit, si je trouve un système simple, on pourra peut être faire des livres dont vous êtes le héros qui font une passerelle entre le livre dont vous êtes le héros et le jeu de rôle. Ça ne s’est pas retrouvé, ça ne s’est pas donné, mais à la même époque, j’ai eu comme ami un dessinateur fabuleux, qui s’appelle Arno, Arnaud Dombre, qui a fait une bande dessinée avec Jodorowski qui s’appelait L’Enfant tronc, et comme j’avais des contacts avec Métal hurlant, avec les Humanoïdes associés, ils ont dit pour le deuxième ou le troisième album, on aimerait faire une opération promotionnelle, toi qui connais le jeu de rôle et que le jeu de rôle commence à être connu, est ce qu’on ne pourrait pas faire un petit livret à l’intérieur, qui ait une petite aventure de jeu de rôle. C’est devenu La Fleur de l’Asiamar. Donc c’est pas la première édition de Simulacres, parce que la première c’était cet essai, la deuxième édition c’est pas confidentiel parce que ça a été pas mal diffusé, c’est ce petit livret de 12/16 pages, avec des dessins d’Arno à l’intérieur, qui explique ce que c’était.
Donc c’était la version la plus simplifiée. Et plusieurs années plus tard, on a essayé de convaincre le directeur financier de Casus Belli qu’on aimerait bien faire un hors série. Il nous a dit “Vous n’arrivez pas à sortir déjà vos numéros à l’heure, il est hors de question que vous
fassiez un hors série”. Il a dit “mais je vous prends au mot, si vous arrivez à sortir un hors série dans les temps”, parce qu’il pensait qu’on n’y arriverait jamais, “on envisagera peut être de faire d’autres séries plus tard un jour”. J’ai dit “Banco”, et donc on a dit “Le premier hors série, ça va être Simulacres. Et donc on va faire ça… Et ça s’est terminé avec 52h sans dormir pour arriver à le sortir à temps. Voilà. Sur Macintosh, parce qu’à l’époque on venait d’avoir un Macintosh et qu’on faisait la maquette dessus. C’était un des premiers trucs, ça avait été totalement aléatoire.
Et donc Simulacres était sorti comme ça. Au départ c’était un petit fascicule pour expliquer comment simplifier le jeu de rôle, c’est devenu un petit fascicule pour faire la promotion d’une bédé qui était vraiment très bien et après ça, c’est devenu le premier hors série de Casus Belli.
Et après c’est devenu un moteur qui est, c’est le premier jeu en fait open game licence du monde, puisque quand il est sorti, j’ai dit à tout le monde “Si vous voulez l’utiliser, vous pouvez l’utiliser”. On avait fait une version deux pages, “dans n’importe quel jeu de rôle, vous avez le droit de le faire”. La seule chose que je vous demande, c’est ne le commercialiser pas sous une marque commerciale pour en faire de l’argent derrière. Et donc c’est pour ça qu’on a eu Bernard & Jean, plein d’autres jeux comme ça, il y a eu entre soixante et quatre vingt
jeux amateurs qui sont sortis avec le système de Simulacres. Et en même temps, moi je faisais, je travaillais avec les éditions Descartes pour dire “On pourrait peut-être sortir des petits univers prêts à jouer, avec le système Simulacres, qui sont devenu donc Capitaine Vaudou, Cyber Age le premier, Aventures extraordinaires et machinations infernales, et donc le principe était de, il y a un système de règles qui tient en deux pages, on vous explique l’univers en 16 pages et vous avez un grand scénario en 32 pages.
K. : C’était le bon temps ! Mais il y a encore des jolies choses
aujourd’hui !
token p rosenthalP. R. : Non, non, mais moi quand je vois certains jeux qui sortent, c’est fabuleux, hein, ce qui sort. Moi, maintenant, j’ai arrêté d’acheter des trucs, mais il y a quelques années j’avais acheté les Qin, les trucs comme ça… Est ce que je vais confondre, je vais peut être me faire des ennemis, c’est chez les XII Singes, je crois, ou euh… On va voir (chez 7ème Cercle, ndlr) ! Mais non, non, il y a un des jeux qui sont toujours intéressants, des thèmes intéressants. Donc, de temps en temps, je ne joue pas, mais je m’achète quelques jeux pour voir l’univers, voir un peu les sytèmes, des trucs comme ça.
Mais bon avant j’avais tout, maintenant je restreins.
token b cherelB. C. : Justement, on parle beaucoup du passé du jeu de rôle, qu’est-ce que tu penses de la situation actuelle du jeu de rôle, voire de son avenir ?
token p rosenthalP. R. : Alors j’en ai aucune idée parce que je ne suis plus du tout dedans. Par contre je pense que l’avantage qu’on a eu c’est qu’on a été quand même dans un ghetto, on a été quand même très attaqués, à un moment il y a eu, après il y a eu une explosion quand le Seigneur des Anneaux en fait est sorti en film, tout le monde s’est mis à D&D ou d’autres jeux comme ça. Honnêtement, ce film a fait beaucoup pour le jeu de rôle même s’il n’a pas de rapport avec le jeu de rôle parce qu’il a popularisé le méd.-fan.
donc il y a eu une grosse, grosse vague de jeux de rôle. J’ai l’impression , mais là c’est juste une impression, que c’est redescendu. J’ai l’impression que c’est devenu un truc plus mature, c’est à dire que c’est, à mon avis, un marché de niche, mais qui a l’air de bien se développer pour être une niche, c’est à dire que je comparerais ça peut être pas à la bande dessinée, parce que la bande dessinée est devenue du main stream et très très grosse mais je ferais ça plutôt par rapport à l’édition de science fiction. En science fiction, il y a quelques bons éditeurs, il y a des éditeurs américains, il y a des éditeurs amateurs, donc je pense qu’on est arrivé dans un truc plus mature, dans lequel le jeu de rôle n’a plus forcément à se défendre comme il avait à se défendre pour ne pas disparaître. Je ne pense pas que le jeu de rôle va disparaître, je pense qu’il y a suffisamment de gens qui connaissent et qui font le jeu de rôle, mais je ne pense pas par contre qu’on connaîtra forcément un développement comme on a eu avant, parce que là, actuellement, quand les gens veulent jouer à jeu, ils vont plutôt faire un jeu vidéo, ils vont acheter un truc à 20 30 50€, ils vont jouer sur une console, ils vont jouer sur leur ordinateur. Là, il faut acheter un gros bouquin, qui n’est pas forcément cher, d’ailleurs, mais il faut s’y investir, il faut trouver quatre, cinq copains qui vont se revoir toutes les semaines pendant cinq à six semaines pour faire une campagne… Contrairement à du one shot, donc je pense que la structure même du jeu de rôle fait que ça ne peut pas devenir un loisir de masse.
Mais je pense que je ne vois pas de raison pour laquelle le jeu de rôle pourrait disparaître. Je pense que le jeu de rôle va continuer à vivre tel qu’il est, avec des hauts, des bas, des bonnes années, des mauvaises années.
Et du coup, justement, tu parles technologie, est-ce qu’on peut imaginer qu’elles aient un rôle pour faire évoluer la structure du jeu de rôle, par le biais du jeu vidéo, est-ce qu’il n’y aurait pas une fusion possible avec les jeux vidéo, par exemple le MMO ?
Moi, honnêtement, je pense que c’est deux trucs qui sont différents. Je pense que le MMO, c’est beaucoup inspiré du jeu de rôle. Les MMO les plus connus ont tous des univers qui sont tirés bêtement d’univers ou transposés d’univers de jeux de rôle. Mais c’est parce qu’en fait, les gens qui sont dans les MMO, c’est pas parce qu’ils l’ont volé, c’est parce que quand ils étaient plus jeunes, ils jouaient à Dungeons & Dragons, ils jouaient à Star Wars, ils jouaient à tout ces jeux là, et ils prennent parti de leur expérience et ils l’ont retransposée dedans. Il se trouve que quand même que je suis dans mon MMO et qu’il y ait un arbre, je ne peux pas, c’est pas prévu.
Et même le truc le plus simple du monde, il y a simplement une auberge, je veux aller voir de l’autre côté, ah bin oui mais on n’a pas eu le temps de faire en 3D l’arrière de l’auberge, et bien elle n’est pas là. C’est tout. Je veux monter sur le toit : ah, bin non, le designer l’a pas fait. Je veux dire que même les choses les plus simples… Donc c’est le côté jeu vidéo. Le jeu vidéo, on est hors de l’improvisation, on est dans un cadre. Après, les technologie, genre la discussion.
Moi un moment j’ai un copain qui était parti travailler à Dubaï, pendant un mois. On s’est dit on va essayer de le mettre en facetime pendant que nous on joue. C’est galère, c’est emmerdant, et puis en plus on n’a pas le côté des trucs rigolos où on est en train de bouffer parce qu’on est en… On est rarement à une table de jeu de rôle à ne faire que du jeu de rôle : on va boire un petit café, il y en a un qui va sortir et qui va fumer, il y en a un qui raconte une connerie qui n’a pas de rapport avec le jeu. Si on est obligé de mettre des, comment dire, des interfaces technologiques pour déplacer à ça, ça va pas. Mais je sais pas, j’ai des copains qui ont testé un jour D20.net, des choses comme ça, des systèmes, ils ont été plutôt contents parce qu’entre ça et ne pas jouer du tout, ils préféraient quand même se retrouver et être à cinq ou six et avec des gens qui se sont connus et qui étaient éloignés, d’arriver et retrouver ça. Là, ils ne vont pas recréer une nouvelle table, ils ne vont pas réinviter de nouvelles personnes, c’est des gens qui se connaissent, qui reviennent dessus. Peut être ajouter une ou deux personnes. Moi, là, le sens du jeu de rôle, c’est pour ça que j’utilise ces jeux de société, c’est on est quatre cinq personnes qui se connaissent, des copains ou pas des copains, j’en sais rien, mais on est autour d’une table, on discute. Moi c’est ça l’essence du jeu de rôle. Je suis pas contre la technologie, hein, on a essayé à un moment de faire des donjons aléatoires, des aides de jeu, pourquoi pas. Même l’aide, pourquoi pas de la musique, c’est toujours bien, mais pour moi ça reste l’accessoire par rapport à ce qui est le carder , le fond même du jeu de rôle, qui est un jeu de société entre personnes qui se racontent des histoires.
token b cherelB. C. : Tout à l’heure, tu disais avoir quitté ton travail t’a amené à vivre les années les plus riches de ta carrière, est-ce que tu peux détailler en peu en quoi est-ce que ça a changé ta vie professionnelle ?
token p rosenthalP. R. : Bin ma vie professionnelle, c’est simple. Avant, il faut savoir que quand on est lycée, on ne sait pas trop ce qu’on veut faire. Moi ce que je voulais faire c’était devenir ingénieur du son parce que je voulais devenir Phil Spector ou rien. C’est à dire que je voulais faire, mixer les albums de Pink Floyd ou travailler avec Frank Zappa et puis voilà. Et donc on m’a dit à l’époque, c’est compliqué, il faut faire des études techniques. Je me suis dit bon, je vais faire une grande école, je vais faire une école d’ingénieur et tout. J’ai fini informaticien. Je me suis retrouvé dans une boîte où il fallait faire des lignes et des lignes de code. Chaque fois que je voulais faire une modification il fallait que je demande des autorisations, il fallait que je passe par une hiérarchie, j’étais dans une structure super compliquée… C’était pas fun du tout. Et pendant ce temps-là, dans mon école, j’avais découvert le jeu de rôle. Donc, ça avait un rapport, et le gros avantage, par un hasard total, j’avais pendant trois ans été critique de science fiction à Métal hurlant. Et là c’était uniquement parce que comme j’étais fan de bédés, j’avais été une fois à un stand de Métal hurlant des Humanoïdes associés dans un salon de bédé, je leur ai dit “Ah, c’est dommage, vous n’avez pas parlé de tel bouquin”, et ils m’ont dit “ah bin oui, mais notre critique de SF nous a quitté, on n’en a plus… écoute, tu as lu le bouquin ?” J’ai dit “oui”. “Bah écoute amène nous la critique demain”. Et donc enfin il m’a pas dit, demain, il m’a dit, c’était un samedi, il m’a dit lundi. Donc j’ai passé les deux jours les plus critiques de ma vie à réécrire un texte de dix lignes quarante fois. C’était Philippe Manœuvre, j’ai amené le texte. Il m’a dit “Bah c’est plutôt pas mal, est ce que tu veux devenir critique de science fiction ?” J’ai dit “Bah oui…’” Il dit “Bon, bin t’es engagé.” Voilà. Et donc j’avais cette expérience là de “journaliste”. Donc quand je me suis dit “je connais le jeu de rôle, j’me fais chier en tant qu’ingénieur informaticien, j’ai un scénario à proposer”, je me suis dis, “je vais aller voir Casus Belli et je vais leur proposer”. Donc je leur ai proposé mon premier scénario de jeu de rôle, et c’est comme ça que c’est arrivé. Et donc je
suis rentré petit à petit, hein, c’était un premier scénario, après c’était des piges de temps en temps, après ils m’ont demandé de travailler à mi temps et à partir du moment où je suis devenu à mi temps rédacteur en chef adjoint, là je participais aux conférences de rédaction,
donc bah on se disait qu’est ce qu’on fait le mois prochain, quel genre de scénarios, de quels jeux on va parler ? Donc il y avait un coté moi qui est critique qui m’intéressait parce que je voulais qu’on développe ce que j’ai jamais réussi à faire, je voulais qu’on ai un appareil critique pour développer la critique du jeu de rôle qui n’était pas que le système mais l’univers, mais arriver à voir ce que c’était.. On y arrivait plus ou moins mais ce n’était pas tout à fait ça, et puis il y avait le côté de créer des univers et des scénarios pour les joueurs. Parce qu’en fait, ça manquait vraiment en France de “OK, j’ai acheté mon scénario du commerce, j’ai plus rien derrière”, donc c’est ça qui était vraiment intéressant. On se disait, on recevait des quantités de scénarios. Donc je lisais des scénarios, je lisais des scénarios. À un moment je vois un scénario d’un type qui disait “Ah on est deux, on a écrit notre premier scénario”. Je lis ça, c’est un Star Wars. Ouais, c’est pas mal, mais y’a deux ou trois défauts, Pat & Chris. Oui, bon, je leur écrit, je dis “le truc est intéressant, est ce que vous pouvez travailler ça et ça. Ils me le renvoient deux mois plus tard. Ah c’est bien, c’est comme ça que Pat & Chris sont rentrés dans Casus Belli, qu’ils ont fait ça. Maintenant, ils écrivent des bouquins, hein, chacun de leur côté. Ça c’était le côté scénario. Et pareil, avec des univers, pareil avec les dessinateurs. Là, j’étais entre guillemets pas jaloux mais en même temps par ce que voyais Didier parce que Didier Guiserix est un dessinateur, lui il avait un œil colossal quand il recevait des dessinateurs, il leur disait c’est bien, c’est pas bien, enfin il ne disait jamais c’est pas bien, Didier, il disait toujours “ça, tu pourrais l’améliorer en travaillant tel côté anatomique, ça tu pourrais l’améliorer en faisant telle perspective. Didier n’a jamais été dans le négatif, il était toujours dans le positif, dans les trucs comme ça. Moi qui était fan de bédé, fan de trucs comme ça, j’étais fasciné par ça. Et donc quand on a dû créer des univers, moi ce qui me plaisait, c’était de mettre ensemble des gens qui allaient écrire des scénarios, créer des univers, et des dessinateurs qui amenaient soit qui se mettaient au service de l’histoire, soit à l’inverse qui amenaient des illustrations et de desquelles on essayait de créer des univers à partir de ces illustrations. Donc je crois que par exemple il y a eu deux ou trois univers comme ça, on est parti des illustrations et on a créé un univers. Ça c’était Jarandell ou des choses comme ça, qui étaient avec Franck Dion, et y’en a d’autres, par exemple Laelith, c’était une idée de Jean Balczeeak, qui travaillait avec nous à distance, à Metz, on s’était dit on va faire un univers est donc on s’est mis à cinq six personnes différentes en se disait, on va créer un univers et on va affecter une partie de l’univers à une personne, une partie de l’univers à une autre et après on a essayé de trouver des dessinateurs et des gens pour le faire. Donc c’est ça que je trouvais très riche et qui était vraiment génial.
Parce qu’en plus les personnes avec qui on travaillait étaient sympa, adorables, personnes ne se prenait la tête,n voilà. Il n’y avait pas de question de je suis le chef, je suis pas le chef, de toute façon personne ne gagnait vraiment de l’argent… Donc il n’y avait pas vraiment de
problème là dessus derrière. Et puis surtout on était tous en train de se dire il faut qu’on passe le meilleur boulot possible pour que les gens qui jouent au jeu de rôle soient le plus contents possible pour avoir envie de jouer aux jeux de rôle.
Et là c’est pour ça que je fais exprès de dire “les gens qui jouent au jeu de rôle”, ou “les joueurs de jeu de rôle”, parce que pendant les cinq six premières années, vous n’avez qu’à regarder les premiers Casus Belli, c’était toujours “joueur de jeu de rôle” et un jour on s’est dit on n’y arrivera jamais, on n’arrive pas à communiquer, “joueur de jeu de rôle”, c’est trop long, il faut trouver un truc très court. Et on a inventé le terme quand on a dû faire la plaquette “Qui veut la peau du jeu de rôle”, parce qu’il y avait eu les émissions de Mireille Dumas, les émissions d’Avis de recherche, des émissions… Plein ! Le Figaro, le Monde, etc. On a dit si on fait une plaquette et qu’on dit “joueur de jeu de rôle” à chaque ligne, ça n’ira pas, il faut faire un nom. Alors on a fait un comité avec Chroniques d’Outre Monde, Dragon Magazine, quatre ou cinq éditions, un truc comme ça. Et le consensus ça a été, tout le monde était d’accord sauf un, à “rôleur”. Et créer une plaquette qui était “Qui veut la peau du jeu de rôle, qui était diffusée par plusieurs éditeurs, plusieurs magazines en même temps et donc le consensus de tout le monde était de choisir “rôleur”. Et il se trouve que tout le monde était d’accord sauf moi… J’avais milité pour “rôliste” mais comme ça avait été démocratique, on avait voté et j’avais perdu. Donc le Casus Belli d’après, c’était une époque où on faisait un sondage tous les mois. J’avais dit tiens, comme c’est moi qui écrivais le sondage, j’ai dit tiens, au fait, on a fait une plaquette et on était bête, on vous a pas demandé votre avis, qu’est ce que vous préférez entre rôleur et rôliste ? Et comme le sondage à la fin du mois a fait 90% sur rôliste… Ah bin… Bin va faire… La démocratie a gagné, on va faire rôliste. Il se trouve que heureusement, parce que j’avais fait réécrire rôliste dans tout le magazine avant qu’on ait eu le résultat, on aurait été en porte à faux, maix j’étais à peu près convaincu que ça gagnerait. Et pour éviter après, juste, il y a des éditeurs qui voulaient se servir de rôliste pour créer des éditions rôlistes et gagner de l’argent dessus, donc dans le mois qui a suivi, j’ai déposé le mot rôliste, donc il est INPI 10 sous mon nom, pour que personne ne puisse l’utiliser de façon commerciale. Donc c’est, il est pas encore dans le dictionnaire mais il est déposé en tant que marque pour de toute façon ça ne me dérange pas, tout le monde a le droit de l’utiliser dans le monde entier, sauf que juste, pour ne pas empêcher les gens de l’utiliser en leur faisant payer des royalties.
K. : Donc tu me laisse rester Kerlaft le Rôliste ?
token p rosenthalP. R. : Ah oui, oui… Sauf que tu n’as pas marqué un O avec l’accent circonflexe.
K. : C’est pas le premier qui me le fait remarquer…
token p rosenthalP. R. : Voilà. Je crois qu’on est un peu pressés par le temps.
token b cherelK. & B. C. : Merci en tout cas, Pierre Rosenthal !

Dédicace Pierre Rosehthal

Merci Pierre Rosenthal d’avoir assouvi ce fantasme de passer un si bon moment avec la sympathique légende vivante que tu es !

Les jeunes gagneront à s’intéresser à nos racines rôlistes ainsi qu’aux personnages merveilleux qui on fait ce que le jeu de rôle est aujourd’hui.

Kerlaft, roliste passionné depuis 1981, bloggeur pour www.kerlaft.wordpress.com et www.kerlaft.com, a écrit pour les Chroniques d'Altaride, Les mondes des Corbaks, écrit pour Tunnels et Trolls, administrateur au Cercle des Rolistes Francophones, milite activement pour le JDR et le Roleplay!

5 Responses to Expérience 013 Invocation interview téléportée de Pierre Rosenthal

  1. Mutos

    Superbe interview ! On apprend beaucoup de choses sur l’histoire de notre loisir ! J’aime beaucoup la naissance de « rôliste »… et je suis tout à fait d’accord sur la définition et l’explication du JdR, l’essentiel est de savoir expliquer ce qu’est le JdR à des non-rôlistes ^-^ et c’est déjà pas gagné d’avance…

  2. magnamagister

    Une interview très dense qui nous en apprend beaucoup en effet sur les premières années du jeu de rôle en France, une époque où les bonnes occas’ et les bons contacts permettaient de rentrer assez facilement dans le milieu, et de devenir auteur ou créateur de jeu …
    Merci en tout cas à Maître Rosenthal pour son immense contribution à notre passion !

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