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Dédicace Octogone – Cyril Puig – le mal en son royaume

Posted by on 27 septembre 2015

A l’invitation de Kerlaft, je serai en dédicace sur son stand au salon Octogone samedi 3 octobre de 13h30 à 18h00. Une belle occasion pour découvrir « le mal en son royaume », un polar conspirationniste très influencé par Lovecraft et Delta Green. En goodies… et en remerciement à sieur Kerlaft, voici ci-dessous le premier chapitre « du mal en son royaume »… La suite se trouve au salon Octogone le 3 octobre ou sur lulu.com dès aujourd’hui _MG_7461v2_1 – 1 – Luka se surprit à réciter un notre-père. Il n’avait pourtant jamais été croyant mais la mort était là, toute proche Elle le cherchait et lui tendait les bras. Luka ne priait pas pour le salut de son âme mais pour trouver un peu de paix et éloigner cette peur panique qui habitait sa tête et tétanisait ses muscles. C’était pourtant un effort inutile et il le savait. Il n’avait plus les ressources nécessaires pour faire face à cette terreur blanche. Il n’était plus acteur de la scène monstrueuse qui se jouait sur cette île de malheur. Il était désormais spectateur docile de sa propre fin. L’opération Loup Blanc ressemblait pourtant à toutes ces missions secrètes que Luka avait conduites avec son unité. Sur le papier l’opération ne présentait aucune difficulté. C’est peut être pourquoi, un peu plus tôt, il avait ignoré les signes précurseurs du désastre. Il n’avait pas prêté attention à ce froid mordant qui semblait avoir élu domicile sur cette île et tourné le dos à cette sensation d’être observé par un ennemi invisible. Il avait balayé ses appréhensions et ses intuitions, alors persuadé qu’expérience et préparation lui permettraient de faire face à tous les types de menaces. Il mesurait maintenant la conséquence de son excès de confiance en contemplant le cadavre mutilé de Christof, son premier lieutenant. Leurs embarcations silencieuses avaient touché la grève moins d’une heure plus tôt. Les photo satellites que Luka avait consulté l’avait préparé à la topographie de ce bout de terre. Quelques hectares de roche intégralement mangés par une végétation dense. Les épineux couverts de neige avaient colonisés l’île et rien d’autre ne semblait avoir poussé ici. Il savait pourtant que son objectif se cachait à l’est de l’île. Dissimulé entre les branches des sapins se trouvait le « village ». Ainsi, à la faveur de la nuit et de la végétation, les soldats avaient pu avancer sans être repéré. La neige gelée n’était pas un problème pour ce commando spécifiquement entrainé pour ce type de terrain. Très vite, l’objectif avait été atteint et le village encerclé sans rencontrer aucune difficulté. Luka avait eu la surprise de constater que les baraquements de bois et la parodie de chapelle qui se dissimulaient ici étaient plus abouti qu’il ne l’avait imaginé. Il ne s’agissait pas de simples cabanons mais de véritables habitations capables d’abriter une petite population pendant quelques semaines. La chapelle, en particulier, avait certainement nécessité le travail d’une bonne quarantaine de personne. Entièrement construite en bois, elle conservait un caractère austère et inquiétant propre aux églises scandinaves. Malgré la taille inattendue du village, la suite de l’opération n’avait pas posé de problème. Les « résidents » avaient été rassemblés puis guidés dans la forêt. C’est avec une incroyable docilité qu’ils avaient accepté de se mettre en rang afin de faire face à leurs bourreaux. Quelques femmes avaient laissées échapper un sanglot en serrant leur enfant contre elles mais on lisait dans leur regard une détermination froide ainsi qu’une absence totale de peur. Personne n’avait essayé de fuir ou de mourir en héro. C’était facile. Un sergent y était allé de son commentaire avant d’appuyer sur la gâchette: — Schafe im Schachthaus[1] avait il murmuré avec un sale rictus aux lèvres. L’instant d’après, tout était fini. Un déluge de plomb s’abattait sur les membres de la secte pendant quelques secondes et la forêt retrouvait son calme. Une simple formalité. Un contrat facile à remplir pour les seize militaires habitués à donner la mort et à considérer leurs victimes comme des bouts de viande. Luka ne faisait pas exception à la règle. Voila bien longtemps qu’il exécutait chacun de ses contrats avec froideur. Il venait de participer à la tuerie et en vidant indistinctement le chargeur de son Heckler & Koch sur hommes, femmes et enfants, il n’avait ressenti qu’une vague forme de soulagement : Une nouvelle mission sans accroc. La satisfaction du travail bien fait. Alors que l’odeur de la cordite s’évanouissait, balayée par le vent glacial du nord de l’Europe, les militaires s’étaient imperceptiblement détendus. Luka avait accepté une sèche tendue par Christof. Comme toujours, ce dernier avait enlevé sa cagoule. Il détestait la porter et s’en débarrassait aussi vite que possible. Luka fit de même. Christof ébouriffa ses cheveux noirs, aplatis par sa cagoule. Il ressemblait maintenant à une sorte d’épouvantail de carnaval et certainement pas à une machine à tuer. Les deux hommes, le fusil mitrailleur en bandoulière, avançaient sereinement vers la chapelle. Sur le terrain, très peu de mots avaient été échangés et Luka n’avait nullement besoin de rappeler ses ordres. Son unité fonctionnait comme une machine bien huilée. Plusieurs militaires écumaient l’île à la recherche d’hypothétiques fuyards, d’autres creusaient une fosse destinée à accueillir le corps des victimes, enfin, quelques uns visitaient les baraquements de la secte et rassemblaient les effets personnels des infortunés. Luka jeta un coup d’œil à sa montre. Ils étaient en avance sur le timing et disposaient de plus de temps que nécessaire pour mener à bien cette mission. Dans moins de trente minutes, ils auraient effacé toute trace de leur forfait et quitté l’île. Personne n’entendrait plus parler de la quarantaine de personne qui reposerait bientôt sous une bonne couche de terre. 3:19 à sa montre. Il était un peu plus de deux heures du matin à Berlin. Ses pensées s’envolèrent brièvement vers son appartement de Soorstrasse où sa femme et sa fille devaient dormir paisiblement. Il devrait être en mesure de les rejoindre demain, avant le diner. Non pas que l’ambiance au sein du foyer familial était au beau fixe mais il avait besoin de cette normalité. Il avait besoin d’un matin et d’un soir, rythmé par les évènements banals de la vie quotidienne. Si l’opération était bouclée dans les temps et si le débriefing avec le général ne s’éternisait pas, il aurait même le temps de récupérer Anke à la sortie de l’école. Luka fut le premier à pénétrer dans la chapelle suivi de prés par son lieutenant. Un rapide examen des lieux leur permis de s’assurer qu’ils étaient seuls dans le bâtiment. Christof alluma une autre cigarette et tendit, à nouveau son paquet vers Luka. Ce dernier déclina l’offre et commença à arpenter cet étrange lieu de culte. Le bâtiment avait la simplicité des églises pastorales suédoises. Une structure massive et rectangulaire, des piliers de bois soutenant une solide charpente et une absence complète d’ornements. La partie inférieure de la chapelle était plus surprenante. Le sol avait été décaissé sur trois bons mètres, révélant ainsi des fondations en pierre datant sans doute de plusieurs siècles. La roche mise à nu était sombre et presque polie. On y devinait parfois des runes à demi effacées. Un escalier en bois permettait de rejoindre la partie basse de l’église. Une construction massive et solide destinée à supporter le poids de plus d’une dizaine de personne. Luka emprunta cet ouvrage de bois en écoutant résonner ses pas sur chacune des marches. En contrebas il avança lentement entre roches taillées et pièces de maçonnerie en détaillants les inscriptions antédiluviennes qui ornaient certaines pierres. Il s’arrêta enfin devant un puit circulaire circonscrit par une margelle de quelques centimètres. Des inscriptions runiques parfaitement lisibles en faisaient le tour. Luka n’avait aucune espèce de connaissance en la matière. Il devinait pourtant le caractère préhistorique de ces inscriptions. Il se pencha au dessus du puit et, même en s’aidant du faisceau lumineux de sa maglite, fut incapable d’en percer les ténèbres. Ce gouffre obscur puait le cadavre. Christof rejoint Luka et se pencha à son tour au dessus du vide : — Putain, c’est quoi cette odeur ! lâcha t’il avant de se reculer rapidement. — A ton avis ? lui répondit de manière laconique Luka. Pour lui, il ne faisait aucun doute que depuis des éons, ce puit était utilisé pour sacrifier des hommes et des femmes en l’honneur d’obscures divinités souterraines. Il en allait de même pour cet autel constellé de tâches sombres qui lui faisait face. Les marques noirâtres qui pigmentaient sa surface étaient très vraisemblablement du sang séché. Lors d’un des derniers briefing auquel Luka avait assisté, il se souvint qu’il avait été question d’une secte qui sacrifiait des nouveaux nés en explosant leur crâne contre une idole de pierre. Il se rappelait qu’en expliquant cela, l’officier avait joint le geste à la parole et se saisissant d’une chaise par les pieds, l’avait frappé avec violence contre un mur jusqu’à en fendre le dossier. Alors qu’il faisait face à cette roche souillée, cette scène qui, à l’époque, lui avait paru théâtrale, pris soudainement un visage des plus sordide. Luka fit le tour de l’autel et commença à observer un bas-relief. Il détaillait un étrange visage grimaçant malmené par le temps. Un démon archaïque ou un diable sorti des âges qui, malgré son caractère naïf, gardait une surprenante force expressive. C’est alors qu’à l’extérieur, les premiers tirs d’arme automatique se firent entendre. Des tirs épars tout d’abord puis incroyablement nourris. Luka se redressa immédiatement, attentif aux informations captées par ses sens. Christof, de son côté, saisi son arme et se projeta à l’extérieur du bâtiment, prêt à prêter main forte à ses compagnons. Luka n’en fit rien. Il décryptait les sons qui parvenaient jusqu’à lui et envisageait les différentes options. Les armes ont leur langage. Chaque flingue a sa propre voix et parle distinctement à ceux qui savent entendre. Luka était de ceux là. A l’extérieur, les armes chantaient la déroute, le désespoir et la peur. Les militaires ne tiraient pas pour toucher une cible, ils vidaient leur chargeur pour se donner du courage. Ils vidaient leur chargeur comme on tire sur une foule indistincte ou sur un ennemi invisible. Ils étaient perdus, ils n’agissaient plus comme un groupe cohérent mais comme des individus isolés dans leur propre terreur. Luka avançait lentement vers la sortie. Son cœur battait à tout rompre, pourtant, sang et adrénaline semblaient avoir quitté son corps. Il se sentait vide. Il essayait de deviner ce qui avait pu lui échapper. Christof venait d’atteindre la sortie et Luka le voyait dans l’encadrement de la porte. Son premier lieutenant était figé, paralysé par l’horreur. Il tenait fermement son fusil mitrailleur en main mais n’essayait même pas de s’en servir. Il regardait quelqu’un ou quelque chose à l’est, sans doute à une vingtaine ou une trentaine de mètre de l’église. Il regardait quelque chose qui, en un instant, parvint à annihiler tout espoir, à subtiliser courage et fierté. C’est sans doute à cet instant précis que Luka compris qu’il n’en réchapperait pas. C’est en regardant la peur qui paralysait son lieutenant qu’il eut l’intime conviction que personne n’en réchapperait. Il n’était pas encore sorti de la chapelle lorsqu’un de ses hommes traversa le toit pour venir s’écraser, quelques mètre plus bas, bouillie de chair et d’os propulsée d’on ne sait où. Luka y avait à peine prêté attention. Il ne regarda pas le cadavre et ne s’interrogea pas sur la nature du maléfice qui propulsait ses hommes dans les airs. La peur le saisissait déjà et il craignait de lire sur cette dépouille disloquée la confirmation de ses appréhensions les plus sombres. A pas lents, il avançait toujours vers la porte lorsqu’il entendit les cris de détresse de ses hommes. Il gravit l’escalier de bois puis franchit le seuil, comme un fantôme, comme un mort vivant, et l’odeur de charnier qui accompagnait la chose vint jusqu’à lui. Enfin, il quitta la chapelle et se tourna vers elle, certain qu’à l’instant où il poserait les yeux sur la créature qui décimait son unité, son être tout entier tomberait en déliquescence. [1] Des moutons à l’abattoir

http://www.legrog.org/biographies/cyril-puig

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