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Les Terres de Matnak, retour sur un jeu en construction

Posted by on 21 mars 2020

Avec l’avènement du crowdfunding comme moyen de financer la production d’un jeu de rôle, on peut voire une explosion du nombre de projets et cela permet aussi aux débutants et aux petites maisons d’édition de tenter de publier facilement leur propre JDR. Cet article a pour but de présenter Les Terres de Matnak, un jeu en crowdfunding qui appartient aux catégories citées plus haut et qui a l’air très prometteur.

L’univers du jeu correspond à un contexte de science fantasy, selon les mots des auteurs, où la technologie avancée se mêle à la magie ancienne. Le monde a été ravagé par une série de cataclysmes, dont le plus terrible est l’Obwod, une maladie qui a fait muter une partie des humains en Changés, des monstres mi-hommes mi-animaux. Seule la cité de Matnak a permis à certains humains de ne pas être atteints par ce mal, grâce à la protection de ses murs et à une force secrète, les Éclaireurs. Les joueurs incarnent ces derniers, qui sont touchés par la maladie qui les rend plus fort grâce à la maîtrise de la zoomorphose, un pouvoir unique leur permettant d’adopter certaines caractéristiques animales.

Couverture du livret, édité par les Éditions Posidonia

Son concept m’a immédiatement rappelé celui du jeu Mutant: Year Zero de l’éditeur suédois Free League Publishing (qui a aussi publié Tales from the Loop) dans lequel on incarne un mutant protégeant une base du monde extérieur dans un monde post-apocalyptique et qui possède des pouvoirs qui facilitent l’accomplissement de ses diverses missions. Toutefois, la comparaison s’arrête ici, étant donné que le contexte diffère assez rapidement pour trouver sa propre personnalité et prend une tournure unique grâce à l’utilisation de mutations d’origine exclusivement animale.

Un livre, un univers, des règles

J’ai pu mettre la main sur le kit de découverte servant à la démonstration avant la sortie du jeu complet, qui me sert de référence pour l’écriture de cet article. Il est présenté sous la forme d’un livret d’une soixantaine de pages en couleur contenant une présentation de l’univers, les règles du jeu, un scénario d’introduction et des annexes.

Le contexte présenté reste assez sommaire. Il donne les grandes lignes, ce qui est suffisant pour permettre de mieux appréhender les bases de l’univers. Le livret passe ensuite aux règles du jeu, qui se veulent centrées sur l’aspect narratif en retirant les jets de dés au Maître du Jeu. Il s’inspire du système Powered By The Apocalypse, où les joueurs décrivent leurs actions qui se retranscrivent en manœuvres utilisées par leurs personnages, puis à leur faire lancer les dés dont le résultat sera comparé à des seuils qui déterminent l’évolution de la situation. Tout se joue avec des D8, qu’il s’agisse des actions de combat comme des dégâts infligés par les personnages. Ensuite, les résultats des dés orientent l’histoire : meilleure est la réussite, plus les personnages réussiront à influer sur leur environnement, et inversement. S’il s’agit d’une réussite claire, l’action avance dans le sens du personnage ; si la réussite est proche d’un échec, l’action du personnage réussira mais aura un contrecoup ; s’il s’agit d’un échec, l’histoire évolue comme le souhaite le MJ, toujours par le biais des manœuvres. Dans l’ensemble, cette version des règles me parait un peu rigide et sa description dans le livre semble trop prendre le spectateur par la main, bien que l’idée de réduire au minimum les dés du MJ soit plaisante.

Une partie des règles portent sur la zoomorphie, c’est-à-dire le déclenchement du pouvoir spécifique aux PJ, et les limites à ce pouvoir qui sont symbolisées par l’existence d’une jauge d’Intégrité. Elle se vide au fur et à mesure que les compétences spéciales du personnage sont utilisées et elle représente l’abandon du personnage vers son côté animal et vers la folie : cela rappelle à la fois une barre de mana dans les jeux vidéo classiques ainsi qu’une barre de santé mentale, comme on pourrait en trouver dans des jeux comme l’Appel de Cthulhu. La zoomorphie permet aux personnages de remplacer certaines parties de leur corps par celles d’un animal de leur choix (comme des cornes, des griffes, des yeux, une queue…), ce qui leur permet d’être polyvalents sur le terrain et de pouvoir répondre à leurs divers besoins en jeu.

Puis vient le scénario. Celui qui est présenté dans l’ouvrage est divisé en événements qui peuvent être joués dans le désordre au choix du MJ, ce qui le rend très modulable, tout en conseillant aux débutants de suivre l’ordre dans lequel ils sont présentés. Il est complété d’annexes contenant des cartes ainsi que cinq fiches de personnages pré-tirées illustrées qui représentent quelques exemples des différents types de personnages que l’on pourra retrouver dans la version complète. Toutefois, l’une des remarques qui a été faite par mes joueurs est le manque de personnages féminins parmi les pré-tirés étant donné qu’il n’y en a qu’un seul sur le total des fiches.

L’ouvrage est d’ailleurs bien illustré, avec des dessins aux styles différents dans presque toutes les doubles-pages du livret, ce qui est plaisant. Cela reflète la volonté des auteurs de créer un livre qui dévoile son univers par l’image autant que par l’écrit.

Illustration de Mathieu Myskowski, dit « Mysko »

Si tous ces éléments sont intéressants, on trouve quelques défauts dans le ce kit, le plus souvent lié au fait qu’il s’agisse d’une version d’initiation. On trouve notamment plusieurs coquilles tout au long du texte, qui peuvent rendre la lecture plus difficile. Quelques paragraphes dans le corps du texte se répètent, et le livret ne contient aucune pagination. Certaines illustrations sont pixellisées. Ces points devraient disparaître lors de la publication finale, mais il vaut mieux les faire remarquer immédiatement.

Le jeu en conditions réelles

Pour appréhender les qualités réelles du jeu, j’ai choisi de faire jouer le scénario proposé à des amis ainsi qu’à des inconnus, pour en tester ses limites de différentes manières. Du côté des joueurs, le jeu a été bien accueilli et l’univers a totalement capté leur attention. De même, en tant que MJ, il a été assez agréable à maîtriser.

La présentation du jeu aux joueurs est en général un peu complexe car il y a beaucoup d’éléments à donner et le contexte est assez peu comparable avec d’autres œuvres. Le scénario se joue de manière très fluide, mais il vaut mieux préparer les transitions entre les différents événements proposés (qu’il faut évidemment connaître pour laisser libre cours à une part d’improvisation) à l’avance pour faciliter et éviter les ralentissements.

La plupart des qualités du jeu sont assez classiques, ce qui est un bon signe car il réussit dans les éléments de base. L’équilibre entre les interactions avec les PNJ et le combat est assez bien maintenu, et on ressent un vrai dépaysement qui rappelle un peu les contes en jouant au jeu. De plus, les mécaniques propres à ce jeu sont facilement exploitables dans tous les contextes possibles, par les joueurs qui n’hésitent pas à les utiliser à la fois pour les combats, l’exploration et pour les phases de roleplay, ce qui offre un champ de possibilité extrêmement vaste.

Je remarque quelques petits détails qui ont retenu mon attention au niveau de l’équilibrage des règles du jeu, qui sera peut-être modifié par les auteurs avant la sortie du jeu. On en trouve un avec la barre d’intégrité qui s’épuise assez lentement sur un seul scénario, surtout lorsque les joueurs utilisent correctement leurs pouvoirs et se répartissent les tâches. Cela a renforcé mon sentiment que ce jeu, comme Mutant, n’est pas prévu pour être pratiqué seulement en one-shot, mais qu’il est plus adapté à une campagne moyenne voire longue, surtout au regard des différents éléments de folklore de l’univers qui sont sous-entendus dans ce livret et qui a l’air extrêmement complet.

Par ailleurs, si l’utilisation de la zoomorphie ajoute un réel plus, il est dommage que les joueurs puissent choisir d’emprunter des caractéristiques de l’animal de leur choix, car ils n’ont pas de limites et résolvent un peu trop facilement les problèmes auxquels ils sont confrontés. J’en ai reparlé à la fin de la séance, certains auraient préféré être restreints à une catégorie d’animaux à laquelle appartient déjà le personnage.
L’autre souci est le jeu avec le D8, qui ne permet pas forcément de bien rendre compte de toutes les nuances au sein de l’histoire vécue par les personnages à cause de l’uniformité des dés, notamment au niveau des dégâts des armes.

Enfin, je constate qu’il m’a fallu un petit peu plus de 3 heures pour faire jouer les deux tiers de la totalité des événements du scénario (sans compter la demi-heure d’explication de l’univers et des règles), ce qui est correct. La modularité permet de raccourcir ou d’allonger facilement les séances selon les besoins, voire de la scinder en deux selon le style de chaque MJ. Ainsi, le jeu est assez simple à prendre en main et agréable à jouer, pour peu que l’on accepte de modifier légèrement les règles du jeu.

Illustration de Mysko, auteur du jeu

En conclusion

Comme on pouvait s’y attendre avec un kit prévu pour la démonstration, Les Terres de Matnak est réellement prometteur et se veut ambitieux, mais il est encore incomplet en l’état actuel. Il se démarque des autres grâce à l’univers qu’il propose et à ses particularités de gameplay (notamment la zoomorphose) mais il souffre de défauts qui pourraient être handicapants dans une version complète. Son potentiel reste mieux exploité en pleine séance, lorsqu’un MJ s’approprie les règles, car le jeu est réellement divertissant.

Mon avis global est mitigé pour l’instant, notamment à cause du manque d’éléments permettant de juger correctement les qualités et défauts du jeu. Il me tarde d’obtenir la version finale du livre pour en profiter totalement, qui devrait pouvoir répondre à toutes mes interrogations en dévoilant un univers riche et complexe soutenu par un système de règle et de création de personnage suffisamment faciles pour être compris de tous. Reste à voir si les auteurs arrivent à leurs fins.

Le jeu est encore en late pledge, à cette adresse. Le kit de découverte est disponible ici.

Silver

Rôliste depuis plus d'une dizaine d'année, je dévore tout ce qui me passe sous la main, au grand dam de mes joueurs.

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